Colóquio
Xavier Timbeaud
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Il existe un débat, vif, pour attribuer à la montée des inégalités de revenu une responsabilité à la crise. Divers auteurs pointent ainsi que le recours à l’endettement non soutenable a été accéléré par la faiblesse des revenus de la classe moyenne soumise à une injonction contradictoire dans un univers globalement de plus en plus riche. Une thèse alternative est, dans la lignée de Kuznet, que l’accroissement des inégalités est indissociable de certaines phases du développement économique, les plus riches étant les précurseurs d’un enrichissement qui se diffuse ensuite. Lorsque l’économie est très dynamique, la tête va plus vite que le corps, provoquant l’augmentation des inégalités, mais également l’augmentation du niveau de vie moyen ou médian.

Au-delà de ce débat sur les causes de la crise et de la croissance des inégalités, il me paraît important de pointer quelques éléments.

Premièrement, la chute d’activité, et donc de revenu, compromet le pari rawlsien : certes les inégalités ont augmenté jusqu’en 2008, mais le niveau de vie moyen (d’un américain, d’un européen, d’un humain) a également augmenté. Rien n’indique donc que ces inégalités là ne sont pas efficaces au sens de Rawls. La crise laisse un paysage dégradé, puisque la performance de croissance moyenne ou médiane des dernières décennies est en grande partie contredite par le niveau actuel d’activité. Symétriquement, la hausse du chômage ou la baisse des taux d’activité dans les pays développés met un terme à une époque ambigüe où les riches sont plus riches et les pauvres moins pauvres. Aujourd’hui, les pauvres n’ont pas connu de croissance de leur revenu depuis de nombreuses années, les riches restent plus riches.

Deuxièmement, la crise apporte son lot de nouvelles inégalités. Pour une part, celles-ci sont l’aggravation d’inégalités existantes (la probabilité de perdre son emploi est plus haute et toujours corrélée au diplôme), mais aussi l’apparition de nouvelles inégalités. Les nouvelles inégalités découlent de processus endogènes à la crise qui tendent à accroitre l’hétérogénéité. Lorsqu’un individu perd son emploi, il perd son revenu, devient au fur et à mesure moins employable, doit vendre sa maison, éventuellement divorce et reporte en partie son mauvais sort sur l’éducation de ses enfants. Lorsqu’une entreprise ferme, elle condamne à une trajectoire sombre ses salariés et ses dirigeants, qui seront en plus stigmatisés. Au contraire, l’entreprise concurrente voit sa situation s’améliorer par la disparition d’un concurrent et le report des clients sur les survivants. Ces inégalités là sont aléatoires et par nature ne peuvent pas être raisonnées, c’est-à-dire qu’on ne peut pas y trouver un sens, un bénéfice global ou individuel. Elles sont nécessairement injustes.

Ainsi, la crise conduit à des glissements importants en matière d’inégalité. Le soupçon existe qu’elles soient une des causes de la crise ; la fiction de leur efficacité, et donc la condition de leur acceptation, se trouve compromise ; l’apparition de nouvelles inégalités, générées par la crise, nous éloigne plus encore de la situation de justice. Ces points donnent à la question des inégalités une importance renouvelée après la crise.

 

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17.11.2010